Ron Mueck

Du 16 avril au 29 septembre, le sculpteur australien Ron Mueck fait cohabiter ses personnages étrangement banals dans la Fondation Cartier. Depuis le boulevard Raspail, on peut déjà apercevoir, à travers les grandes baies vitrées de Jean Nouvel, la sculpture d’un couple sous un parasol. Et c’est d’ailleurs ici que tout commence, à leurs pieds, ici que nous prenons conscience de la finesse du travail de Mueck que nous découvrirons grâce aux 9 pièces exposées, dont 3 inédites, réalisées pour cette exposition, avant de s’arrêter un bon moment dans son atelier grâce au documentaire de Gautier Deblonde qui nous présente alors un artiste aussi loquace que ses sculptures.

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L’exposition s’ouvre donc sur la sculpture démesurée d’un couple de vacanciers exposant leur corps aux rayons du soleil estival et aux yeux des visiteurs. Les plis de la peau, des tâches de vieillesse, des veines gonflées…les pièces sont humaines jusqu’au bout des ongles. Ron Mueck refuse l’idéalisation des corps. Bourrelets, peaux blanches et fripées nous éloignent des canons de beauté présentées par les sculptures classiques pour créer une proximité avec le regardeur. Face à tant de détails, on en vient presque à se demander si on avait déjà si bien regardé un corps, de la voûte plantaire aux fins détails d’une oreille. Toutes les sculptures sont d’un réalisme à couper le souffle. Les personnages de Ron Mueck sont présentés dans des situations banales – une mère portant son enfant et des sacs remplis de provisions, un couple d’adolescents… Cette simplicité vient presque nous gêner. En tournant autour de ces sculptures, de ces « arrêts sur image » et en les scrutant sous tous les angles, le visiteur devient presque voyeur. On n’ose pas les perturber dans des moments d’intimité. D’ailleurs un médiateur est posté à proximité de chacune des pièces afin de veiller ces corps inanimés. Pourtant, un visiteur, tel un croque-mort, se permet de toucher le gros orteil de cette femme géante sous son parasol… comme pour s’assurer qu’à la différence de cette sculpture, lui est bien vivant, en chair mais aussi en os. Ce geste lui est aussitôt reproché et c’est alors que, pour sa défense, il rétorque « c’est pas écrit qu’on ne peut pas toucher »… Non mais franchement, est-ce que vous toucheriez les orteils d’un inconnu, vous ?

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On peut alors se demander ce qui, dans les oeuvres de Mueck, attire alors notre regard.

La taille est le seul élément non réaliste: démesurément grandes ou petites les sculptures de Ron Mueck ne sont jamais à échelle humaine. C’est ce jeu sur les changements d’échelle qui créé un univers fantasmagorique et permet une prise de distance, un questionnement ou un regard critique face à ces situations particulières. L’artiste n’est alors pas un simple portraitiste mais semble questionner, à la manière d’un Martin Parr notre rapport au corps, à l’existence. C’est le mystère de ces sculptures songeuses qui nous questionne et nous captive mais aussi la minutie avec laquelle l’artiste travaille. Dans son atelier silencieux, pas un seul ordinateur ne bourdonne. Tout se fait manuellement et c’est ce contact direct avec la matière qui fait que Ron Mueck fait corps avec ses sculptures.

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